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Suspension du programme anglophone dans les EPES : la qualité des enseignements dispensés mise en cause

A partir de cette année académique 2019-2020, la section anglophone dans les universités privées est suspendue. Une décision de la Direction des établissements privés d’enseignement supérieur (D-Epes) au Bénin qui pointe du doigt la qualité des enseignements dispensés.

«On nous dit, ‘’vous formez mal les citoyens de ces pays’’. Et quand il y a une ressource humaine de mauvaise qualité, l’économie prend un coup» c’est en ces termes que le professeur Dodji Amouzouvi, directeur des Etablissements privés d’enseignement supérieur (D-Epes) incrimine, sur une station nationale, la qualité de la formation donnée dans ces universités privées.

Aucun système nigérian n’est délocalisé dans les établissements privés au Bénin jusqu’à nouvel ordre. C’est dire que pour l’heure qu’aucun établissement privé supérieur ne peut exécuter un programme anglophone. Et la formation qui s’y fait est une approximation qui ne répond pas toujours aux exigences en la matière.

Le directeur, dans son intervention, a mis l’accent sur les corolaires de l’économie des pays voisins. «On accusait le Bénin de déstabiliser les économies des pays voisins», a-t-il fait entendre. Juste parce que ceux qui sont formés dans la section anglophone ne répondent pas comme cela se doit une fois sur le marché de l’emploi. Ce qui crée un manque à gagner aux entreprises voire à l’Etat.

Des plaintes au sommet …

C’est une mesure qui fait suite à un ensemble de plaintes reçues par le Bénin au plus haut niveau des pays voisins dont les étudiants se font formés dans ces sections anglophones, à en croire le professeur Dodji Amouzouvi. Il rappelle qu’en novembre 2015, il y a eu une table ronde sur la filière anglophone assortie de recommandations pour mettre fin à ce qu’il appelle «système de monstre à deux têtes dans l’enseignement supérieur au niveau des structures privées». Aussi, a-t-il été institué un nouveau système d’intégration des étudiants de pays anglophones, lusophones, russophones dans l’enseignement supérieur au Bénin.

Des pertes économiques pour le Bénin ?

Pour certains analystes, la première conséquence de cette réforme sera la ruée de ces étudiants nigérians vers les pays voisins francophones du Bénin. Des départs massifs des étudiants nigérians, des universités du Bénin vers celles du Togo voisin.

Ces étudiants exécutent des opérations bancaires, dorment dans des maisons qu’ils louent sur parfois des années à Cotonou et ses périphéries, achètent de denrées alimentaires et vestimentaires sur les marchés et super marchés du Bénin.

«Nous irons voir les opportunités qui se présentent au Togo. On ne peut pas repartir au Nigéria sans diplôme. Il doit y avoir d’autres possibilités dans la sous région», confie Fatima Ogbon, une étudiante Nigériane dans une université privée, rencontrée à Akpakpa, l’un des quartiers de Cotonou.

Ce que gagne l’Etat béninois

«Dans la pratique, l’Etat ne gagne rien puisqu’il n’a pas autorisé ses établissements. Au contraire, son image serait ternie dans cette affaire qui jette du discrédit sur le système éducation béninois à l’extérieur», témoigne Rostand Alabi, l’un des formateurs en langue française ayant longtemps collaboré avec les universités privées détentrices de cette section anglaise.

«Mieux, l’Etat n’organise aucun examen pour cette formation», a-t-il renchéri. C’est en revanche une grosse manne financière pour les universités privées béninoises à travers la scolarité que paient ces étudiants ressortissants du Nigeria pour la grande majorité, l’économie informelle peut en souffrir.

Quid du respect des textes ?

Au nom de la qualité aucun sacrifice ne serait de trop. Mais cette décision respecte t-elle la réglementation en vigueur en la matière? Selon l’article 7 bis, la loi n° 2003-17 du 11 novembre 2003 portant Orientation de l’Education Nationale en République du Bénin rectifiée par la loi n°2005-33 du 06 octobre 2005, «l’enseignement est dispensé principalement en français, en anglais et en langues nationales. Les langues nationales sont utilisées d’abord comme matière et ensuite comme véhicule d’enseignement dans le système éducatif. En conséquence, l’État doit promouvoir les recherches en vue de l’élaboration des instruments pédagogiques pour l’enseignement des langues nationales aux niveaux maternel, primaire, secondaire et supérieur.»

Mieux l’arrêté n°161/Mers/SGM/DRFM/DGES/DEPES du 1er février 2016, portant mesures d’accompagnement de la filière anglophone qui trace le cadre réglementaire de l’exécution du programme anglophone dans les Epes, ne prévoit nullement une telle suspension unilatérale du programme.

Mais force doit rester à la loi…

Contacté lors de nos recoupements, un ancien responsable pédagogique d’une université privée qui a requis l’anonymat souligne que «le programme anglophone ne relève pas du gouvernement béninois. C’est un programme frauduleusement introduit dans le système béninois. Les promoteurs de certains Epes en ont fait leur chou gras. La majorité des étudiants viennent du Nigeria. Ils viennent se faire former d’une façon pas dans les normes. Ils obtiennent les diplômes dans ces mêmes conditions et se retournent chez eux. Malformés, ils produisent de mauvais résultats. L’Etat ne gagne rien.»

Ce secteur illustre à souhait, la puanteur de ce système malsain qui mérite assainissement. Mais que deviendront les étudiants qui ont parfois déjà payés et pris des précautions pour entamer une nouvelle année ? N’y a-t-il pas moyen pour surseoir à cette décision le temps de permettre aux établissements qui le souhaitent de rentrer dans les rangs ? Autant de questions qui méritent réflexions.

Par Dorice DJETON
(Afrique En Marche)

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