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Recherche de financement au Bénin : des pourcentages hors norme d’usure pratiqués

Au Bénin, il n’y a pas que les banques qui octroient des prêts avec intérêt. Certaines associations de tontines et autres groupements en font aussi leur sport favori. Il y a cependant que les pourcentages et intérêts sont fixés à vau-l’eau avec des garanties surévaluées qui entrent en jeu. L’usure est certes permise au Bénin, mais la spéculation qui entoure le pourcentage pratiqué laisse à désirer.

Le système de prêt d’argent avec intérêt au remboursement est un business pratiqué depuis plusieurs décennies au Bénin aussi bien dans le système bancaire formel qu’au niveau des caisses de tontine ou de coopération. Communément appelé usure, la loi explique «…Constitue un prêt usuraire, tout prêt ou toute moyen dissimulant un prêt d’argent consenti en toute matière, à un taux effectif global, excédant à la date de sa stipulation, le taux d’usure».

A propos, la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a fixé le Taux de base bancaire (TBB) qui est le taux d’intérêt minimum annuel fixé par les banques à 6,60% et à 24% au maximum l’an. Pour toute opération de prêt dans les banque donc, le demandeur ne peut en aucun cas payer plus de 24% du montant emprunté au bout de 12 mois.

Mais dans le système informel qui s’est développé et répandu un peu partout au Bénin, le taux débiteur est calculé mensuellement et équivaut à 10%. C’est dire que le taux de 24% au maximum l’an n’est pas respecté par les banques ambulante et associations de tontine au Bénin.

Approchés, certains acteurs du système disent ne rien savoir de cette prescription, de la BCEAO. Aussi, croient-ils détenir des raisons suffisantes de pratiquer un taux qui ne soit pas en concordance avec celle exigée par l’institution bancaire. Pour un groupement informel qui octroie un prêt à 10% d’intérêt mensuellement, on se situerait à 120% d’intérêt l’an, soit plus du quintuple du taux fixé par la BCEAO.

On note donc un très grand écart qui ne dérange nullement les demandeurs qui pour la majorité ignorent lesdites prescriptions. On aurait cru que le système est animé par les analphabètes mais tel n’est pas le cas car, de nombreux citoyens illuminés y évoluent. Chacun croit même détenir des raisons d’opter pour les acteurs de l’informel quelque soit le taux pratiqué.

Du consentement dérangeant

Pour certains, tout se déroule sur la base d’une confiance entre les deux partenaires que sont le demandeur et le prestataire. S’il est vrai que les forces de sécurité sont parfois sollicitées pour intervenir en cas de différends, toujours est-il que le prestataire pend de gros risque. C’est ce qu’explique Joseph, usurier à Togoudo.

Selon ses explications, tout demandeur peut avoir de satisfaction avec lui. Quant aux taux, cela est fixé en fonction du montant sollicité et du délai de l’encoure. «Nous recevons des entrepreneurs qui prennent des marchés et qui sollicitent des prêts pour démarrer en attendant d’être réglés par le client» confie-t-il.

A l’en croire, Ceux-ci sollicitent souvent de gros prêt, souvent allant de 500.000 au million. S’il reconnait que tout ceci est sous couvert de garantie, il ajoute que l’usurier se rend utile à ces deniers et de là, exige ces modalités.

En effet Joseph explique «quand le montant sollicité est en dessous de 100.000 Fcfa, on demande juste 10% mais au-delà on perçoit plus. Aussi, le délai qui court jusqu’au remboursement joue. A propos, «nous exigeons jusqu’à 30 voire 50% à ceux qui sollicitent de gros sous pour garantir un marché».

En confirmant cette clause, Aziz un témoin rapporte «j’ai sollicité 250.000 Fcfa et on m’a posé une condition de 25%. J’ai accepté car c’est urgent pour moi. Ceux-là nous dépannent avec plus de facilités contrairement aux institutions bancaires.

S’il reconnait que le taux parait par moment trop, il confie que c’est sur son consentement. C’est dire que demandeurs et prestataires ne sont pas gênés par la pratique même si les premiers plus exposés, courent d’énormes risques. Au fait, dans certains cas, mysticisme et pratiques occultes s’en mêlent et certains créanciers trainent la dette au delà du délai contenu dans l’engagement.

En acquiesçant cette situation, Pascal, usurier à Covè explique que c’est quand l’objet mis en garantie entre dans le viseur de certains prestataires qu’ils s’arrangent pour que le propriétaire jamais ne règle la dette pour leur permettre de se l’approprier.

Dans tous les cas, les deux acteurs courent des risques, car il y en a qui disparaissent ou gardent au delà du délai de l’encoure les prêts et ne sont en mesure de régler plus que le capital emprunté. C’est carrément un business à moult facettes.

L’accessibilité, un mobile d’intérêt

Selon les acteurs du système informel, le montant sollicité n’est pas pour autant important pour qu’ils soient obligés de recourir à la banque. C’est du moins l’argument brandit par Sidonie Gahou, mère de famille et habituée aux prêts usuriers.

Secrétaire d’une association de tontine, Lambert Lègba lui, explique que les tracasseries sont énormes au niveau des banques, ce qui justifie l’intérêt des populations pour le prêt chez les usuriers locaux. Une thèse entièrement partagée par Sidonie Gahou qui explique que les prêts sollicités au niveau des usuriers locaux interviennent dans un contexte d’extrême urgence.

Et à Lambert Lègba d’expliciter : «Pour emprunter à la banque, il faut adresser une demande que la banque étudie, analyse en lien avec la garantie et l’intérêt de se décider», processus qui prend du temps et n’arrange pas les demandeurs de prêts usuriers qui souvent expriment un besoin urgent pour régler un problème tout aussi urgent.

On note donc que le goût prononcé des citoyens locaux pour le système informel malgré le taux débiteur élevé. Dans le système bancaire classique, le taux de base bancaire sert de référence au calcul du prix des crédits consentis aux entreprises et aux particuliers. Il tient surtout compte du montant, de la durée et du risque encouru.

Dans le système informel, il n’est pas rare de voir des débiteurs qui cumulent l’intérêt jusqu’à dépasser le montant emprunté. Dépassés, certains prestataires finissent par vendre aux enchères, le bien, déposé en garantie par le débiteur au moment de contracter le prêt.

Selon le délai de l’encours, le bien peut représenter plus ou moins le montant du prêt, explique Lambert Lègba. C’est dire que ce système, quoique profitable aux acteurs, il est contraire aux prescriptions de la Banque centrale et expose les acteurs à de gros risques. Certes, la pratique en elle-même n’est pas interdite mais, c’est plutôt le taux usuraire qui pose problème.

Par Bidossessi WANOU

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