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Dégel de la crise commerciale entre le Bénin et le Nigéria : Jules Madjro indique la voie à suivre au gouvernement

La fermeture des frontières reliant le Nigéria à ses voisins, continue de faire couler encre et salive. Alors que des informations officielles nigériennes annoncent une réunion à huis-clos entre les chefs d’Etat du Nigéria, du Niger et du Bénin, les populations béninoises continuent de subir le diktat de la fermeture de la frontière de Sèmè-Kraké.

En vue de recueillir ses observations sur cette situation, nous avons tendu notre micro au directeur général du cabinet ‘’Essiel’’, Jules Madjro. Diplômé de la Faculté des sciences économiques et de gestion (Faseg) de l’Université d’Abomey-Calavi (UAC), consultant en management des organisations civiles, il a donné quelques pistes de solution pour venir à bout de cette crise.

La frontière béninoise avec le Nigéria ont été fermées depuis le 20 août 2019 à la circulation des biens. Quelles sont les répercussions de cet acte sur l’économie du Bénin ?

Jules Madjro : les répercussions que nous observons aujourd’hui ne sont que les signes annonciateurs de ce qui nous attend dans le cadre de la mise en application de l’accord de la Zlecaf, qui prendra effet dès juillet 2020. Si rien n’est fait par les autorités béninoises pour anticiper sur ces conséquences, les dégâts seront aussi importants que si les frontières restaient fermées.

Nous constatons aujourd’hui, de par cette fermeture, d’énormes pertes enregistrées chaque jour par les opérateurs économiques béninois dont les marchandises sont pour la plupart saisis ou avariées dans le cas des produits comme l’ananas la tomate et autres produits maraichers. Ces acteurs se voient déjà à dos les banques et les institutions financières et la destruction de leurs fonds de commerce, pour ceux qui fonctionnent sur fonds propres.

La douane béninoise aussi constatera des manques à gagner sur ce qui était habituellement payés comme taxes par les commerçants béninois et nigérians dans le cadre des échanges entre ces deux nations. Beaucoup de rendez-vous d’affaires ont été annulés entre les opérateurs économiques et porteurs de projets issus des deux nations.

De même, les artisans dont les soudeurs, mécaniciens, cambistes et autres, ont des difficultés à atteindre leurs chiffres d’affaires habituels. Les cambistes qui sont aux alentours de la frontière ne travaillent pratiquement plus. Aussi, les camions qui allaient et venaient entre le Bénin et le Nigéria permettaient aux artisans dont les mécaniciens, soudeurs, vulcanisateurs et autres électriciens automobiles, d’avoir assez de travail. Aujourd’hui, dans les zones de chargement et déchargement de marchandises, ces artisans se tournent presque les pouces.

Il faut aussi noter que plusieurs camions ont été saisis au Nigéria et environs 65 millions FCFA de marchandises en contrebande ont été saisis et vendus par la douane nigériane. Les pertes sont importantes pour les opérateurs économiques béninois. Quoi qu’o en dise, ceux-ci souffrent.

Le Bénin et le Nigéria font partie de la Zone de libre-échange commerciale (Zlecaf). Les restrictions du Nigéria sont-elles de nature à fragiliser cette initiative mise sur pied récemment ?

D’après les analyses faites par le cabinet Essiel, nous ne pensons pas que les restrictions du Nigéria soient de nature à fragiliser la mise en œuvre de la Zone de libre-échange commerciale. C’est plutôt une stratégie d’avant-garde pouvant obliger le Bénin à respecter les accords de libre échange qui prendront effet dès l’année prochaine. En effet, des hommes d’affaires nigérians n’avaient pas eu l’aval des autorités béninoises pour développer des affaires économiques au Bénin.

Or, la Zone de libre-échange permet de rendre accessibles les marchés de tous les Etats signataires de l’accord sans aucune restriction. Donc, pour avoir participé aux réflexions avant la signature du protocole de la Zlecaf, le cabinet Essiel a fait partie de ceux qui proposaient le renforcement de l’industrie locale pour que le Bénin soit compétitive sur ce marché qui en l’état, peut ne pas arranger les producteurs béninois.

De même, cela pourrait fragiliser l’économie nationale car les productions béninoises pourraient se révéler plus chères que celles d’autres nations et les consommateurs béninois seront appelés à préférer les produits les moins chers. Ce qui revient à annihiler les efforts des producteurs béninois. Malgré la volonté du gouvernement de renforcer la production locale et d’encourager la consommation locale afin de relancer l’économie nationale, si des réformes performantes ne sont pas opérées,, le Bénin n’est pas encore sorti de l’auberge.

Les accords de la Zlecaf permettent-ils au Nigéria d’agir ainsi ?

Selon nos analyses, l’acte posé par le Nigéria peut être interprété comme une volonté manifeste d’amener le Bénin à se préparer pour faire face aux exigences de la mise en œuvre de la Zlecaf. En effet, le Bénin doit amener ses opérateurs économiques à prendre la mesure des menaces à l’horizon car nous n’avons pas encore une puissance productive capable de rivaliser avec les autres nations sur le marché africain. Même si la mise en œuvre du Programme d’actions du gouvernement nous donne de l’espoir, il n’en demeure pas moins évident que nous devons préparer nos opérateurs économiques et productions à faire face à la concurrence africaine.

Ceci, en mettant à leurs dispositions les financements nécessaires pour être compétitifs sur ce marché. Le cabinet Essiel travaille déjà dans ce sens, mais nous ne sommes pas les élus du peuple donc nous ne pouvons qu’attirer l’attention des autorités qui nous représentent et mettre notre expertise au service des opérateurs économiques. C’est à l’Etat d’avoir une décision forte pour amener l’ensemble constitué par les opérateurs économiques et les producteurs agricoles à saisir les opportunités qu’il faut pour représenter valablement le Bénin sur le marché de la Zlecaf.

Quelles sont les initiatives à prendre par le Bénin pour dégeler cette crise ?

Pour tout consultant, la première des choses c’est de cerner les motivations réelles et non seulement celles prétendues qui ont abouti à cette décision. Pour l’heure, plusieurs explications circulent pour justifier les mesures restrictives du Nigéria. Même si les autorités nigérianes ont eu à informer l’opinion publique que c’est pour raison d’exercices sécuritaires, il convient de mener des investigations poussées pour être sûr de ce dont il s’agit avant de se lancer dans les négociations.

De même, si tant est que le Nigéria a des choses à reprocher au Bénin, les deux pays disposent de cadres et de dirigeants compétents qui entretiennent, par-dessus tout, des liens d’amitié et même de parenté depuis des années. Donc, nous avons les hommes qu’il faut pour discuter en toute sympathie même si la situation est assez préoccupante pour le Bénin. Ce qu’il faut simplement c’est que les autorités béninoises puissent être en mesure de faire des propositions concrètes capables de rassurer leurs homologues du Nigéria. Si cela est fait, la bonne camaraderie reviendra à la frontière de Sèmè-Kraké.

Vous êtes économiste doublé du manteau de gestionnaire des organisations civiles et religieuses. Quelles peuvent être la contribution des congrégations religieuses dans la médiation pour un retour à la normale ?

A notre connaissance, les autorités nigérianes sont très attachées à leur culture et à la religion. Or le Bénin et le Nigéria partagent pratiquement les mêmes cultures et religions. Pour preuve, nous avons la congrégation chrétienne de l’ordre sacrée des chérubins séraphins qui est la première église africaine dont le fondateur est un nigérian et nous avons une forte communauté de cette congrégation au Bénin qui est toujours connectée à la source qui est le Nigéria.

De même, nous avons l’église du christianisme céleste, dont le Béni abrite le siège mondial, qui est fondé par un béninois et qui a une forte représentation au Nigéria. On peut utiliser ces liens qui unissent étroitement les deux peuples pour influer sur les dirigeants nigérians. Car ils sont un certain nombre à faire partie de ces congrégations religieuses.

Aussi, les religions chrétiennes et musulmanes sont pratiquées par les deux peuples. Et les responsables des églises et des mosquées du Bénin entretiennent des relatons étroites leurs homologues du Nigéria. Pour finir, les religions endogènes sont communes aux deux nations. Pour preuve, la confrérie Ogboni basée au Nigéria a un responsable béninois. C’est dire tous les liens religieux et culturels qui nous unissent. Nous pouvons les utiliser pour réussir là où la diplomatie apprise dans les universités pourrait tarder à donner des résultats.

Avez-vous un appel à lancer ?

Nous suivons avec attention les nombreux efforts du gouvernement pour pallier cette situation. Même si les résultats ne sont pas encore visibles, je peux vous assurer qu’il y a un vrai travail qui se fait par la diplomatie béninoise. Mais tant qu’il y a à faire, c’est que rien n’est fait. Donc, le peuple ne pourra se rendre compte du travail abattu dans les coulisses qu’une fois que les mesures restrictives du Nigéria seraient suspendues ou que des solutions alternatives et efficaces pour nous éviter définitivement ces désagréments auraient été trouvées.

Nous invitons le gouvernement à explorer toutes les pistes possibles de solution pour éviter définitivement que de ces genres de situation ne puissent se renouveler dans l’avenir. De même, nous exhortons le peuple béninois au calme et à la patience. Nous pouvons faire confiance à nos dirigeants. Ils vont nous sortir de cette situation.

Interview réalisée par Nafiou OGOUCHOLA

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