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Bénin : «Les agents de l’Etat vont vous fatiguer en vous obligeant à payer des taxes et impôts imaginaires»

Le secteur informel est un amortisseur important contre le sous-développement qui contribue à peu près 40% et 50% respectivement au produit intérieur brut (PIB) de l’Afrique et du Bénin. Malgré cela, il semble être une bombe à retardement etun obstacle au développement de l’économie formelle.

Cela fait plus de quatre ans que David Hountondji coud des habits exotiques et les exporte vers les pays limitrophes et l’Afrique centrale. Tout son travail se fait dans l’informel car il rejette toujours l’idée d’officialiser ses affaires pour éviter, selon lui, des ennuis avec l’Etat.

«Les agents de l’Etat vont vous fatiguer en vous obligeant à payer des taxes et impôts imaginaires. Et qui dit que tout cet argent entre dans la caisse du trésor public ? En plus, il faut louer une boutique pour exposer tous ces habits et recruter le personnel pour m’aider ici et là, et aussi avoir un budget pour le marketing. Et si j’augmente le prix de vente, mes clients vont aller ailleurs. Moi, je ne suis pas dedans», a-t-il confié.

Même son de cloche pour Aline Akpovi qui voyage au Nigeria pour acheter des produits pharmaceutiquesqu’elle réexporte vers l’Afrique centrale.

«Nous ravitaillons les acheteurs qui viennent à Cotonou en provenance de l’Afrique centrale et parfois nous envoyons des stocks directement à nos clients qui les revendent dans les centres de santé de leurs pays. Tu vois, c’est simple et tout va bien. Au moment où tu associes l’Etat dans tes affaires, ça devient compliqué. On va te dire madame, il te faut ceci, il te faut cela.», a-t-elle expliqué.

Il faut aussi ajouter que ces produits entrent au Bénin et sortent frauduleusement par des voies illégales, échappant ainsi au fisc et au contrôle de l’état.

Marché noir

Il y a aussi des milliers d’agriculteurs locaux qui exportent leurs produits dans le marché noir ou dans des circuits obscurs pour éviter, selon eux, que l’Etat ne s’accapare de quelque chose qui n’a pas financé.

«L’Etat des blancs aide les petits agriculteurs à faire face aux défi s de chaque jour mais ici le gouvernement ne fait rien pour nous. Alors pourquoi voulez-vous qu’on l’invite à manger la nourriture qu’il n’a pas aidé à préparer ?» s’estinterrogé un agriculteur assis dans un camion rempli des produits alors qu’il se préparait à quitter Cotonou vers une destination inconnue.

Tel est le mode de vie de millions d’africains qui s’adonnent à des activités dites souterraines pour aider leurs familles à survivre et à échapper à la colère du chômage chronique qui foudroie le continent au jour le jour. Mais comme le dit l’adage, le malheur des uns fait le bonheur des autres. Pendant que le secteur informel prospère et ‘’sauve’’ des vies, l’économie formelle des pays africains souffre et piétine.

Faiblesse des institutions

Une économie souterraine de grande ampleur pose de nombreux problèmes aux gouvernants, tranchent Anoop Singh, Sonali Jain-Chandra et Adil Mohommad dans leur rapport ‘’Sortir de l’ombre – IMF Finances et développement’’ paru en juin 2012.

«La faiblesse des institutions et la taille importante du secteur informel peuvent interagir et engendrer un cercle vicieux qui amoindrit encore plus la qualité des institutions qui régissent et encouragent l’activité économique», ajoute le rapport.

Le cas du carburant de contrebande en provenance du Nigeria vendu par plus de 200 000 ‘’homme-stations’’ est un exemple typique de la faiblesse des institutions béninoises et le manque de volonté politique pour avoir laissé prospérer une entreprise qui vole l’Etat des revenus indispensables pouvant servir de redevance d’entretien routier.

Personne au Bénin n’est capable de quantifier le nombre de litres et la valeur monétaire de l’essence frelatée importée du Nigeria parce que non seulement tout se fait dans l’illégalité mais aussi parce que le gouvernement n’a pas les moyens juridiques et logistiques de le faire.

«Il est difficile d’estimer la taille de l’économie informelle, vu que le but même de la clandestinité est souvent d’éviter d’être détecté et que les pays n’ont sans doute pas les moyens de surveiller l’activité souterraine», poursuit le rapport ‘’Sortir de l’ombre – IMF Finances et développement’’.

«De plus, une économie informelle de grande ampleur rend les statistiques officielles peu fiables et incomplètes, ce qui complique la tâche des gouvernants. Une faible participation à l’économie formelle sous-entend aussi que les avantages d’une telle économie — comme la protection des droits de propriété, l’accès aux marchés du crédit et des normes du travail adéquates — risquent de ne pas être largement accessibles. Cela freine alors la croissance économique et restreint les débouchés d’une grande partie de la population», affirme le rapport cité ci-dessus.

«Le secteur informel de l’économie freine le développement des entreprises et empêche de tirer pleinement parti du potentiel du commerce africain du fait que les entreprises de ce secteur ne sont pas enregistrées et fonctionnent en dehors du cadre juridique et administratif établi», dixit la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (Cnuced).

Plaidoyer pour la formalisation

Bien qu’il existe des mécanismes qui peuvent faciliter le jumelage entre les deux économies sans que l’une ne submerge l’autre, les avis sont partagés et restent divergents.

Dans un rapportpublié en 2009 et intitulé ‘’L’économie informelle en Afrique: Promouvoir la transition vers la formalité, Défis et stratégies’’, l’Organisation mondiale du travail (OIT) dit ceci : «Différents points de vue existent sur ce que l’on entend par formalisation et sur la manière de la réaliser. En effet, la transition vers la formalité appelle le développement d’une stratégie intégrée couvrant un éventail de domaines politiques qui élimine les effets négatifs de l’informalité tout en préservant l’importante création d’emplois et de revenus potentiels de l’économie informelle tout en promouvant la protection des droits et l’intégration des travailleurs de l’économie informelle et des unités économiques dans le courant dominant de l’économie».

Par Issa SIKITI DA SILVA

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